Collège Clinique Toulouse

Ecouter, interpréter

Ecouter, interpréter

Session Janvier à décembre 2022


                

« Vous écoutez -, oui. Mais est-ce que vous y attrapez un petit quelque chose qui ressemble à du réel ? » (J. Lacan).
 
« Une parole n’est parole que dans la mesure exacte où quelqu’un y croit [1] ». Lacan n’aura de cesse de distinguer la psychanalyse parmi toutes les pratiques de l’écoute. C’est d’abord dans la reconnaissance de la parole comme telle que la psychanalyse trouve sa spécificité. A l’émergence de la parole, il s’agit de ne pas faire obstacle : ne pas lui opposer les normes, les préjugés ou la soi-disant réalité. C’est une discipline, qui n’a rien d’évident, à laquelle il faut se rompre. C’est de cette abstention, de ce silence, que dépendra la production de la parole de l’analysant. C’est conforme à la façon dont Lacan conçoit le dialogue analytique : la parole ne provient pas du sujet mais dépend de la réponse de l’Autre, de la réponse de l’analyste et précisément de son silence : c’est dans ce silence qu’elle se produit comme telle. 

Car il ne s’agit pas de parler à tout va mais de viser le surgissement de la parole authentique. Il ne s’agit pas d’adaptation à la soi-disant réalité mais de réalisation de la vérité du sujet. Cette vérité singulière peut être lue, interprétée à partir des messages que nous envoie l’inconscient. Lacan le formule en termes de conquête de la “réalité authentique de l’inconscient” (Sém 1 p. 32).

Conquête car l’analyse révèle que cette vérité n’est pas bonne à dire, qu’elle est peu conforme au beau, au bien, aux idéaux. C’est pourquoi dans l’analyse, chacun éprouve le rapport problématique qu’il entretient avec sa propre vérité. Refus, dénégation, démenti, défense contre le réel.…  C‘est à mettre en rapport avec le sens à donner au symptôme : le rapport problématique du sujet à lui-même.

C’est pourquoi ce sens ne doit pas lui être révélé "il doit être assumé par lui" préconise Lacan (S. I p. 39). La psychanalyse ne touche pas au symptôme, par une démonstration, une explication, une demande qui serait vaine "Cessez de vous comporter comme cela !".

C’est pourtant seulement à partir des mots que l’interprétation analytique trouve son efficacité pour opérer sur le symptôme. Alors si l’interprétation n’explique pas, n’exhorte pas, n’en passe pas par la communication d’un message, comment opère-t-elle ? Elle fait saisir à l’analysant dit Lacan le destin que nous fait l’inconscient. Le symptôme parle une langue éminemment singulière, mais insue du sujet lui-même, et c’est seulement à utiliser cette même langue qu’une interprétation a chance de l’émouvoir.

Elle touche au symptôme à partir de sa matière signifiante (motérialité), celle de cette marque sur le corps que certains mots ont produite de façon traumatique. 

Christiane Alberti


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, texte établi par J.-A.  Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 264.« Vous écoutez -, oui. Mais est-ce que vous y attrapez un petit quelque chose qui ressemble à du réel ? » (J. Lacan).

 

LES RENDEZ-VOUS DU COLLÈGE CLINIQUE  ( Journées ouvertes au public )

 

SAMEDI 15 JANVIER 2022

Interpréter par le réel
Marie-Hélène Brousse, psychanalyste à Paris
 

SAMEDI 14 MAI 2022

L’interprétation et le signifiant irréductible
Hervé Castanet, psychanalyste à Marseille
 

SAMEDI 24 SEPTEMBRE 2022

L'interprétation dans la clinique des psychoses
Jean-Pierre Deffieux, psychanalyste à Bordeaux
 
 
 
 

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